D’Uyuni à Sucre

La route de Potosi à Uyuni est toute neuve, seuls les derniers kilomètres sont encore en travaux. Pour ceux qui l’ont empruntée il n’y a pas si longtemps, ça peux faire rêver. Nous continuons de progresser sur l’altiplano, au milieu des troupeaux de lamas, traversant quelques hameaux faits de maisons en adobe qui semblent abandonnées mais qui sont bel et bien habitées. Nous imaginons aisément la différence entre notre mode de vie parisien et celui de ces « campecinos », nous essayons de le faire remarquer aux enfants mais ils s’en rendent compte d’eux-mêmes en regardant par la fenêtre de Pampicar.

Le salar d’Uyuni est une étendue de sel de 100km de diamètre, il attire de nombreux touristes du monde entier, nous l’avions marqué d’une croix sur notre carte bien avant notre départ. C’est aussi l’une des portes d’entrée du Sud Lipiez, étendue sauvage faite de paysages merveilleux comme la laguna colorada et la laguna verde. Nous avons renoncé depuis quelques semaines à faire le Sud Lipiez : seuls avec Pampicar ça ne nous parait pas raisonnable (les pistes sont trop difficiles), en tour organisé en 4×4 nous ne pensons pas que Marius supporterait le rythme (3 ou 4 jours à raison de huit heures de route par jour, lever à 5h par -10°…). Oui, Laurent, c’est un des seuls conseils que tu nous avait donné sur l’Amérique du sud : « il faut voir la laguna colorada ! », ça sera pour une autre fois… De même nous n’irons pas sur le salar en camping-car : le sel est trop corrosif et il y a un risque de se « tanquer » dans un trou d’eau, nous savons que d’autres l’ont fait sans problème mais nous ne prendrons pas le risque. Nous arrivons donc à Uyuni, la ville ne nous inspire pas, mais alors pas du tout : beaucoup de poussière, d’ordures, les rues sont en très mauvais état. Rapidement nous nous mettons à la recherche d’un hôtel qui pourrait accueillir Pampicar dans son parking, car nous n’avons vraiment pas envie de bivouaquer dans cette ville. Après plusieurs heures de recherche, le seul hôtel dont l’entrée du parking est suffisamment haute pour laisser passer Pampi est le « Tonito », seulement il n’est pas question de stationner sur le parking si nous ne dormons pas à l’hôtel. Nous nous laissons facilement convaincre de troquer notre maison à roulettes contre une chambre chauffée (nous sommes toujours à 3600 mètres d’altitude, notre chauffage ne fonctionne donc toujours pas), une douche chaude et des lits avec de grosses couvertures, le nuits sont extrêmement froides à Uyuni !! Les enfant sont super excités à l’idée de dormir à l’hôtel. Parallèlement nous réservons une visite du salar pour le lendemain : journée complète avec 4×4 et chauffeur. Afin d’éviter toute mauvaise surprise, nous prenons soin de choisir une agence qui a pignon sur rue, et nous n’allons pas être déçus… Nous dînons de succulentes pizzas dans le restaurant de l’hôtel et passons une bonne nuit, bien au chaud.

Le lendemain nous avons rendez-vous à 10h avec notre guide, Ronaldo. La visite commence par le cimetière des trains, passage obligé mais sans intérêt, de toute visite du salar. Ensuite nous prenons la direction de Colchani, au bord du salar, où nous avons le droit à une petite explication sur le ramassage du sel. Nous croisons les « quatre vagabonds » que nous avions rencontrés à Arica et qui terminent leur tour de quatre jours en 4×4 dans le sud Lipiez (celui que nous ne ferons pas). Nous sommes contents de les revoir mais nous devons repartir rapidement, le salar nous attend. Marius à juste le temps de faire tomber une « magnifique » petite boite en sel de l’étal d’une vendeuse d’artisanat, qui nous fait remarquer que celle-ci est ébréchée et que nous devons donc l’acheter !!! Cinq bol (0,50€), c’est rien, mais quand même… Nous sommes enfin sur le salar : du blanc à perte de vue, c’est magnifique, nettement plus impressionnant que les Salinas Grandes d’Argentine, les photos parlent d’elles-mêmes. Pause déjeuner dans un ancien hôtel de sel, au menu : viande de lama, quinoa, crudités, fromage, délicieux ! Notre guide n’est pas très loquace mais tout de même sympathique, par contre il ne veux pas manger avec nous… Nous discutons un moment avec l’un de ses confrères qui se moque gentiment de nous et de nos fringues Quechua et nous reprenons la route pour environ quatre-vingt kilomètres sur le sel jusqu’à l’île Incahuasi, couverte de cactus, qui offre une vue somptueuse sur le salar. Nous montons au sommet de cette île pour profiter du panorama, puis nous redescendons pour nous livrer à une nouvelle séance de photos rigolotes. Il commence à se faire tard et nous ne trouvons plus notre guide, nous étions censés rentrer vers 16h et il est déjà 17h. Finalement il arrive, accompagné d’un autre type, Magali remarque que sa démarche n’est pas normale. Il nous raconte que le type qui l’accompagne est coincé sur l’île depuis plusieurs jours, qu’il n’a pas à boire et que ce serait très gentil de notre part si nous acceptions de le laisser monter avec nous dans le 4×4 pour le ramener à Uyuni. Malgré ses explications confuses nous acceptons (il y a juste une cinquantaine de véhicules qui passent par là chaque jour…). Notre chauffeur-guide a changé de comportement par rapport au matin : il a des gestes saccadés, parle très fort, conduit à fond puis s’arrête brutalement avant de repartir à deux à l’heure… A un moment nous avons même l’impression qu’il s’endort. Il a juste picolé pendant que nous nous promenions sur l’île et c’est probablement la seule raison de la présence de l’autre type à ses côtés, super !! Il insiste pour que nous restions assister au coucher de soleil, il propose même de nous laisser seuls un moment pour profiter de ce moment magique et de revenir nous chercher un peu plus tard. Nous refusons, mais il finit tout de même par s’éloigner d’un centaine de mètre avec le 4×4, traversant une immense flaque d’eau et tardant à revenir, après le coucher de soleil, malgré nos appels (bien évidemment, toutes nos affaires sont dans la voiture, notamment les clefs de Pampi). Après une dernière « blague » dans Colchani où il nous fait croire que nous sommes bloqués sur la route (là Guillaume commence à s’énerver) nous rentrons à l’Hôtel. Il est 20h, il fait nuit, hors de question de repartir maintenant, du coup : re-chambre et re-pizza ! En dehors du fait que notre guide était plus que nul, nous sommes déçus du salar. Certes c’était splendide, mais depuis neuf mois nous voyageons par nous-mêmes, c’est une des rares fois où nous faisons une excursion organisée et nous avons réalisé à quel point nous avons pris goût à cette liberté. Du coup nous avons encore moins de regret pour le Lipiez, ce manque de liberté nous aurait sûrement pesé.

Nous repartons d’Uyuni soulagés de quitter cette ville qui vraiment ne nous laissera pas un grand souvenir. Nous prenons la direction de Sucre, capitale de la Bolivie. Une famille Belge s’y est installée après avoir voyagé pendant trois ans à travers le monde, ils ont repris un camping-cabanas à quelques kilomètres de là. Le camping n’est pas encore ouvert, mais ils sont d’accord pour nous accueillir quelques jours. Nous arrivons bien plus tard que nous l’avions prévu et finalement nous les retrouvons chez eux à Sucre. L’accès à Qhatalla (leur terrain) semble difficile, nous décidons donc, dans un premier temps, de stationner dans leur rue quelques jours afin de visiter Sucre, l’une des plus belles villes d’Amérique du Sud. Catherine et Nicolas et leurs trois fils : Anatole, Léonore et Gabin nous accueillent chaleureusement, les enfant sont ravis de trouver de nouveaux compagnons.

Sucre est effectivement une ville magnifique, probablement l’une des plus belles que nous ayons visitées depuis Sydney. Capitale historique de la Bolivie, c’est ici qu’a été signée la déclaration d’indépendance, la première d’Amérique du sud. Cette ville est à la fois paisible et vivante, la blancheur des édifices coloniaux, le calme de ses cloîtres contrastent avec les couleurs et l’animation de son marché. Nous avons visité le petit musé du textile où nous avons eu un aperçu des différents costumes traditionnels des villages environnants et des techniques de tissage. Au marché nous nous sommes régalés de jus de fruit frais et de plats locaux (un peu trop épicés au goût de Mag…). Après deux nuits passées dans la rue de Catherine et Nicolas, nous constatons que le chauffe-eau fuit ! Nous décidons donc de nous installer dans une sorte de petit camping en plein centre ville avec douche, cuisine, électricité, wi-fi, un grand jardin et tout ça pour nous tout-seuls, afin d’être au calme pour réparer la fuite. Il y a juste un petit problème : l’entrée est très étroite et Guillaume arrache une des lumières latérales de Pampi en entrant… Les proprios, Alberto et Fellicidad sont désolés, Alberto fait le tour de ses connaissances pour nous réparer tout ça, super sympa ! Nous rencontrons également Pio, un ami d’Alberto, qui, apprenant que nous sommes médecins nous propose de visiter un hôpital. Nous voilà donc partis avec lui dans un hôpital tenu par des sœurs. Magali visite le service de néonat qui n’a pas grand chose à envier aux nôtres. Ici, comme en France, les poches des internes débordent de carnets et de livres, seule différence : les hommes et les femmes ne sont pas hospitalisés dans les mêmes services. Pio nous emmène ensuite chez lui, nous avons une discussion très intéressante, quelques mots en français mais surtout en espagnol, encore quelques mois et Magali sera totalement bilingue ! Il nous explique qu’il a vécu plusieurs années en Europe (en France et en Allemagne principalement), mais qu’il a ressenti le besoin de retrouver ses racines et que c’est ici, en Bolivie, qu’il se sent bien.

Depuis notre arrivée à Sucre, Marius et Justine n’ont qu’une idée en tête : retrouver les enfants de Catherine et Nicolas pour jouer avec eux, surtout qu’une autre famille de voyageurs Belges avec quatre filles s’est installée dans une de leur cabañas à Qhatalla. Nous les rejoignons tous en taxi (Pampicar ne serait jamais arrivé entier jusque là) et passons une très bonne journée au « campo ». Le site est très joli, nos hôtes et leurs amis super sympas. Nous ne verrons pas Evo Morales, venu célébrer les fêtes de l’indépendance à Sucre, mais nous passons l’après-midi à jouer au badminton, au mini-golf et à la pétanque. Pas la peine de vous dire que les enfants n’avaient pas envie de quitter leurs nouveaux amis… Ces cinq jours passés à Sucre nous ont ravi, nous reprenons la route en direction de La Paz (qui n’est pas la capitale la plus haute du monde, puisque ce n’est pas la capitale !!!), puis nous irons au Pérou, nous retrouvons Papou et Mamou à Arequipa dans moins d’une semaine.

Altiplano Bolivien

Nous voilà donc en Bolivie. Nous sommes partis depuis neuf mois et ce n’est que le cinquième pays que nous visitons (sixième si nous comptons le Brésil où nous avons passé une journée à Iguaçu). Il faut dire qu’entre l’Australie, le Chili et l’Argentine ce ne sont pas de tout petits pays ! La Bolivie c’est un des pays les plus pauvres de notre parcours, un de ceux qui nous fait le plus rêver aussi : l’altiplano, les lamas, les tissus colorés, le lac Titicaca, le salar d’Uyuni… C’est aussi un peu celui qui nous fait le plus peur (à nos familles aussi!!!). Ce qui nous inquiète le plus c’est l’état des routes : la Bolivie ne compte que 1500 km de routes asphaltées pour une superficie de deux fois la France. Les bloqueos aussi nous inquiètent : ici pour manifester, et on manifeste souvent en Bolivie (presque autant qu’en France), les gens bloquent les routes et ça peut durer plusieurs jours ; faut juste être patient.

Avant de quitter le Chili, nous avons passé deux jours dans le Parc Lauca au pied des volcans Parinacota (6342m) et Pomerape (6282m). Premiers pas sur l’altiplano au milieu des lamas et alpagas avec leurs jolis pompons aux oreilles (c’est pour les identifier, ils sont domestiqués) et des vigognes. Nous faisons la connaissance des viscachas (sorte de lapins à grande queue) et un condor vient nous saluer. Nous dormons à 4450 mètres, notre record pour le moment, la nuit est glaciale. Le lendemain matin, Pampicar ne veut plus démarrer ! Il fait -5°C, le diesel serait-il gelé ? Non, ça ne gèle pas à cette température, pour preuve celui contenu dans le jerrycan est parfaitement liquide. Après plusieurs tentatives infructueuses, Guillaume se rappelle d’un conseil d’un autre voyageur et retire le filtre à air et Pampi démarre du premier coup cette fois, ouf ! Sur la route vers la frontière nous faisons un dernier arrêt à Parinacota. Le village est presque désert, seuls sont ouverts une petite cafet et un magasins d’articles en laine de lama et alpaga. Nous dégustons des sopapillas (galettes de maïs frites) en buvant un mate de coca (même Guillaume s’y est mis!), puis nous faisons quelques emplettes. Nous aurions voulu visiter l’église qui renferme une table « maudite » mais personne n’a la clef…

Nous arrivons à la frontière bolivienne. Première étape, pour le contrôle des passeports, assez rapide. La douanière nous indique le bâtiment où nous devons nous rendre pour la suite des formalités : l’autorisation d’entrée de Pampicar, là ça se complique ! Une autre douanière nous remet un formulaire à remplir et nous demande d’aller dans le bâtiment d’en face pour obtenir un numéro de dossier. Seulement en face il n’y a personne dans le petit bureau qui semble désaffecté ! Nous retournons voir la douanière une fois, puis deux fois, lui expliquant qu’il n’y a personne dans le bureau, finalement elle demande à quelqu’un de nous accompagner. Et le bureau en question n’est absolument pas en face, mais à l’autre bout de la douane ! Guillaume commence à s’énerver. Nous patientons et nous avons enfin notre numéro de dossier, pour la modique somme de 1000 pesos chiliens (1,5€), nous n’avons pas de bol (la monnaie bolivienne). Nous retournons voir la deuxième douanière qui va enfin pouvoir tamponner notre formulaire. -« C’est bon ? Nous pouvons rouler dans toute la Bolivie avec ce document ? Il n’y a pas d’autre formalité ? » -« Oui, c’est bon, vous pouvez y aller ! ». (Nous avons traduit ce dialogue pour faciliter la compréhension de tous!). Nous remontons dans Pampicar, prêt à démarrer et un gendarme bolivien surgit et nous demande de le suivre. Guillaume tente de lui expliquer que nous avons fait toutes les démarches et que nous pouvons partir, mais il insiste, Guillaume le suit… Il lui fait lire l’article 39 du code de la route bolivien qui stipule que nous avons bien dans le véhicule : un triangle, un extincteur, des cales, une trousse de premier secours… Puis il vient vérifier. Retour dans son bureau dont la décoration est faite de photos sanguinolentes d’accidents de la route entre deux photos de pin-up, charmant ! Le gendarme demande de nouveau 1000 pesos pour la transcription de notre passage dans son bureau, toujours pas de bol ! C’est quand même louche de payer à la douane, nous commençons à connaître les passages de frontière et c’est bien la première fois que c’est payant, enfin c’est pas grand chose. Nous allons enfin rentrer en Bolivie, mais avant nous devons franchir un péage, 10 bol (1€) mais là ça a l’air officiel !!! Et puis nous avons enfin du bol, nous avons changé nos pesos chiliens à une petite mamie assise par terre juste derrière la bureau du gendarme, le taux n’est pas très avantageux, mais nous n’avons le choix.

Nous passons notre première nuit bolivienne sur la place du village de Sajama, dans le parc du même nom, au pied des mêmes volcans que dans le parc Lauca, mais face à leur versant est cette fois. Le volcan Sajama s’ajoute au tableau. Le lendemain, après avoir essayé de visiter une nouvelle église décrite dans nos guides comme la « Chapelle Sixtine d’Amérique du Sud » mais qui refuse encore de s’ouvrir à nous (décidément, faut qu’on arrête les églises, c’est pas pour nous), nous prenons notre bain dans un bassin d’eau chaude au milieu des lamas et des volcans, le pied ! Ensuite nous reprenons la très belle route en direction de Patacamaya. C’est la première vraie ville que nous traversons en Bolivie et nous commençons à sentir que nous sommes dans un nouveau monde. La rue principale est très animée, bus, camions, voitures et piétons se mélangent dans un désordre multicolore où le klaxon est l’unique mélodie. Les femmes portent sur la tête le petit chapeau noir traditionnel et dans le dos le fameux morceau de tissus de toutes les couleurs dans lequel elles transportent toutes sortes de choses y compris leurs enfants ! Nous devons faire le plein pour Pampicar. Nous savons que depuis quelques mois le gouvernement bolivien a décidé d’une taxe triplant le prix du diesel pour les véhicules étrangers, c’est rageant mais ça le laisse quand même à moins d’un euro le litre ! Nous nous arrêtons dans la première station service et nous ne sommes pas surpris quand le pompiste nous annonce le prix. Enfin, le prix au litre parce que quand il nous annonce le montant total, après avoir bien pris soin de remplir au maximum notre réservoir et même un peu plus, c’est une autre histoire : nous n’avons pas assez d’argent et, bien entendu, il ne prend pas les cartes bancaires ! Nous payons une partie puis revenons plus tard avec le reste de la somme après avoir réussi à changer le reste de nos pesos chiliens, le seul distributeur de la ville n’acceptant pas les cartes étrangères !! En y repensant, nous nous disons que nous nous sommes sûrement bien fait avoir : le pompiste ne nous a fait aucune facture et s’est très probablement gardé la différence entre le prix bolivien et le prix « gringo » pour lui, ce qui explique son large sourire lorsque nous sommes revenus le payer, il ne s’y attendait pas! Ce sont nos premiers jours dans le pays, nous apprenons… Nous bivouaquons en bord de route, pas très glamour et pas très calme non plus!

Une longue route nous sépare de Potosi et pour ne pas y arriver de nuit, il paraît que la circulation y est compliquée (vous allez voir, ça se confirme un peu plus loin), nous consultons notre liste de bivouacs (pas ceux de Chantal cette fois!) et nous bifurquons en direction de Cayara. Nous passons deux jours de rêve, au calme. Nous dormons dans la cour d’un hôtel installé dans la plus ancienne hacienda du pays. Nous nous y offrons des petits déjeuners de rois et même un succulent dîner. Arthuro, le propriétaire, est le petit fils d’un Ariégeois venu construire un pont dans la région et qui a fini par s’y installer en investissant dans les mines d’argent et d’étain. Il nous fait visiter l’hacienda et son musée à faire pâlir ceux de Potosi.

Potosi est construite au pied du Cerro Rico, une montagne renfermant une quantité impressionnante d’argent (entre autre). Les incas avaient connaissance de la présence d’argent dans cette montagne mais ce sont les espagnols qui ont commencé à l’exploiter. Il semblerait que l’argent extrait de Potosi ait inondé l’Europe et soit à l’origine du monde capitaliste moderne. De nombreux « natifs » sont morts dans les mines et aujourd’hui encore les boliviens continuent d’y risquer leur vie pour gagner une misère. Aujourd’hui il ne reste que des vestiges du temps où Potosi était le centre du monde. Nous avons visité le palais de la Moneda et le couvent de Santa Terrsa (nous avons enfin pu rentrer dans une église!), nous sommes montés en haut d’un clocher (ça a été un peu difficile pour Magali, mais Marius lui a tenu la main) pour profiter de la vue panoramique sur la ville. Après trois jours à arpenter les ruelles de la ville et presque toutes ses boutiques (à 4000 mètres d’altitude ça n’est pas rien !) nous quittons Potosi pour Uyuni et son fameux salar.

Après un peu plus d’une semaine en Bolivie nous commençons à nous acclimater. L’altitude ne nous gène plus vraiment (nous ne sommes pas descendu en dessous de 3500 mètres), c’est Pampicar qui semble souffrir le plus et qui a toujours un peu de mal à démarrer le matin. Dans les ruelles de Potosi il a vraiment souffert, il faut dire que ça grimpe pas mal et que notre pseudo GPS ne nous a pas vraiment aidé… Le chauffe-eau nous a aussi fait des frayeurs, mais après un bon nettoyage du brûleur il marche presque comme avant (nous attendons de redescendre un peu pour confirmer que c’est bien le manque d’oxygène qui continue de le gêner). Les boliviens sont un peu froids au premier contact mais finalement très gentils et très accueillants. Marius a vraiment la côte auprès des boliviennes, partout où nous allons il se fait interpeller, caresser les cheveux,… La vie est nettement moins chère ici par rapport aux pays que nous avons traversés précédemment, du coup nous mangeons au moins une fois par jour au resto ! Finalement seulement deux choses nous ont gêné : les décharges plus ou moins sauvages autour de toutes les villes et les boucheries sur les marchés : nous ne sommes pas prêts d’acheter de la viande !

Les pieds dans la boue, la tête dans les étoiles

Notre première journée à San Pedro de Atacama se résume à une recherche désespérée d’argent : pour une fois le « guide du routard » ne s’est pas trompé et nous ne pourront pas en retirer… Du coup nous mangeons dans un resto très sympa que nous payons par carte. Le soir nous avons invité Shirley et Stephen, les deux cyclistes allemands que nous avons sauvé du froid et du vent la veille dans le paso de Jama. Nous passons une très bonne soirée au camping avec Camille et Jérémy, un couple de français qui voyage en sac-à-dos depuis deux mois, un couple d’américains et un groupe d’étudiants parisiens en agronomie qui passent six mois au Chili, à Temuco, pour leurs études. Nous parlons anglais, espagnol et français en même temps, nous avons parfois un peu de mal à suivre mais c’est aussi pour ce type de rencontres que nous faisons ce voyage, rencontres que nous n’avions pas le temps de faire à Paris. Les enfant sont ravis.

Le lendemain, nous n’avons pas d’autre choix que de faire cent kilomètres pour retirer de l’agent et faire le plein du frigo à Calama. Nous nous dirigeons ensuite vers le salar d’Atacama. Nous nous arrêtons à Toconao, censé être un village de tisseurs à l’ancienne. Nous apercevons bien un métier à tisser, mais dans les nombreuses boutiques qui bordent la jolie place du village nous trouvons exactement les mêmes articles que dans toutes les autres boutiques à touristes… Nous passons la nuit sur la place, enfin le long de la place, quoique Pampicar s’est retrouvé quelques instants au milieu du parvis de l’église, la signalisation étant totalement absente, Guillaume n’avait pas vu que c’était une rue piétonne. Tout le monde nous regardait, la honte !

La laguna Chaxa abrite trois espèces différentes de flamands roses. Nous n’en voyons que quelques-uns mais le cadre est époustouflant : nous sommes à 2400 mètres et les dizaines de volcans autour de nous culminent, pour certains, à plus de 6000 mètres. Nous restons là à observer les flamands roses qui volent d’un côté à l’autre de la lagune. Ensuite nous allons nous baigner dans la laguna Cejar, l’eau y est extrêmement salée. C’est rigolo, nous flottons au milieu de la lagune, toujours entourés par les volcans. L’eau est tout de même un peu froide, le sel irrite la peau et surtout les groupes de touristes arrivent tous ensemble à partir de 16h00, il est donc temps de sortir de l’eau. Nous sommes tout blancs, recouverts de sel, nos maillots de bains sont tout raides : rinçage à la douchette extérieure de Pampicar obligatoire.

Le lendemain Guillaume démarre à 6h00 pour profiter du levé de soleil sur la vallée de la Lune, les enfants dorment encore pendant les dix kilomètres qui nous séparent de l’entrée du parc. Seulement, il n’ouvre qu’à 10h00 ! Finalement, après avoir hésité un moment, nous déplaçons la barrière et entrons tout de même. Le soleil s’est déjà levé lorsque nous atteignons le sommet de la grande dune, mais nous sommes seuls pour profiter de la très belle vue sur le désert d’Atacama et ses canyons, vestiges du temps où la mer recouvrait les lieux. La vallée de la muerte, à quelques kilomètres de là, est un canyon beaucoup plus étroit où Pampicar a du mal à se frayer un chemin, nous sommes obligés de rebrousser chemin au bout de quelques centaines de mètres. Lorsque nous revenons au camping où nous avons installé notre camp de base à San Pedro, il est fermé ! Finalement le proprio, qui avait besoin d’un peu de repos en ce jour de fête du travail, accepte d’ouvrir rien que pour nous !!

Le soir nous nous rendons chez un astronome français pour observer le ciel. Le Chili en général et San Pedro de Atacama en particulier offrent des conditions idéales pour l’observation des étoiles. Nous passons deux heures dehors, dans le froid…, à écouter Alain nous expliquer les bases de l’astronomie avec beaucoup d’humour. Nous observons ensuite les constellations de l’hémisphère sud, la croix du sud notamment et enfin, à l’aide de télescopes nous découvrons Saturne, Mars, une nébuleuse… Nous faisons même des photos de la lune ! Petits et grands sont aux anges ! Cette soirée nous remet à notre place de petite poussière au milieu de l’univers.

Une longue piste de cent kilomètres, nous permet de rejoindre le geysers de Tatio. Cette piste est en assez bon état, mais les geysers sont à 4330 mètres d’altitude et Pampicar peine dans certaines pentes. La route grimpe au milieu des volcans, nous apercevons du souffre qui fume d’un cratère, c’est impressionant. Nous croyons un instant que nous n’y arriverons jamais. Pampi se surpassant une nouvelle fois nous sommes en haut des Geysers en deux heures. C’est au lever du soleil que les geysers se réveillent, pour les voir il faut soit rouler de nuit en partant de San Pedro à quatre heures du mat comme le font tous les minibus de touristes, soit comme nous, y arriver dans l’après-midi et dormir sur place. Nous sommes tous seuls là haut (en dehors des guardaparques). Nous nous prélassons un moment dans la piscine alimentée par une source chaude, mais la nuit arrive et il commence à faire froid. Nous nous calfeutrons dans Pampi, souvenez-vous notre chauffage ne fonctionne pas à cette altitude. Justine et Marius dorment sans problème, pour nous c’est un peu plus compliqué, nous ne dormons pas beaucoup mais nous n’avons pas de maux de tête, nous commençons à être habitués, ça fait presque dix jours que nous sommes à plus de 2500 mètres d’altitude. Réveil à 5h00 pour profiter du spectacle avant l’arrivée des minibus. Il fait -5°C dehors, le pare-brise de Pampi est givré à l’intérieur ! Mate de coca pour tenir le coup et c’est parti ! Ce site est totalement différent de celui de que nous avions vu à Rotorua en Nouvelle-Zélande : les geysers sont bien plus petits mais il y en a une cinquantaine et la différence de température entre l’eau et l’extérieur crée des fumerolles de presque dix mètres de haut et surtout nous pouvons nous approcher au plus près des geysers. Il y a un peu de monde, mais le plateau sur lequel crachent les geysers est suffisamment étendu pour que nous ne nous marchions pas sur les pieds. Le soleil se lève vers 7h30-8h et les geysers crachent de plus belle pendant une demie-heure environ puis se calment petit à petit. C’est vraiment un spectacle sensationnel, nous en avons le souffle coupé ! Ok, nous sommes à 4300 mètres et l’oxygène nous manque un peu…

Il est temps de redescendre à San Pedro. Nous traversons une flaque de boue que nous avions passé à l’aller sans difficulté, mais là nous restons coincés !! Nous demandons au chauffeur d’un minibus de prévenir les guardaparques afin qu’ils viennent nous sortir de là. Nous patientons un moment, mais petit à petit tous les véhicules quittent les geyser, même le 4×4 des guardaparques s’en va !! Guillaume essaye par tous les moyens de sortir Pampi de la boue, mais il ne veux rien savoir. Magali marche environ deux kilomètres pour aller voir au bureau des guardaparques pourquoi personne ne vient nous aider. Elle a un peu de mal, les 4300 mètres se font sentir. Elle comprend que personne ne pourra nous aider avant ce soir voir demain… Le site est splendide, nous ne souffrons pas vraiment de l’altitude, mais nous n’avons pas vraiment envie de rester une nuit de plus là-haut. Nous nous tenons quand-même sur une cocotte-minute et ça nous stresse un peu. Cinq heures plus tard, un 4X4 d’un chantier voisin vient enfin à notre secours. Après trois tentatives, Pampicar est libéré ! Nous retournons à la piscine d’eau chaude, Guillaume est couvert de boue et a besoin d’un bon bain ! Nous en profitons pour laver les chaînes, la pelle et les cales que nous avions utilisé pour essayer de nous sortir de cette flaque…

Nous quittons enfin San Pedro de Atacama où nous avons passé une semaine. Nous avons vraiment aimé cette ville et surtout ses environs magnifiques. Nous prenons la route pour Arica, à l’extrême nord du Chili où nous devons retrouver la « Cagouille en Vadrouille » qui est coincée là-bas depuis une dizaine de jours pour un problème de boite de vitesse. Nous les avions rencontrés à notre arrivée en Argentine à la Villa Angostura. Nous traversons le désert d’Atacama, le paysage ne nous enchante pas, il faut dire que nous sommes devenus très exigeants en matière de paysage ! Nous faisons une halte à Pica, une oasis, où nous dégustons oranges, mangues et goyaves sur toutes leurs formes : jus, confitures et fruits, un régal !

Nous continuons notre traversée du désert. Un peu plus loin nous arrêtons pour visiter la « ville fantôme » d’Humberstone. Il s’agit d’une ancienne ville minière qui a abrité jusqu’à cinq milles personnes et qui a été désertée en 1960 à la fermeture de la mine de salpêtre. La ville est bien conservée, certains intérieurs de maisons ont été restaurés, il y a des petites expositions qui nous montrent notamment les jouets des enfants. Nous nous promenons dans les rues désertes, le long du marché, autour de la piscine, Justine et Marius nous offrent un spectacle sur la scène de l’ancien théâtre, Marius s’improvise professeur d’espagnol dans une des salles de classe où les pupitres ont été laissés en place. Cette visite est bien émouvante.

La route qui nous mène à Arica est bordée par des géoglyphes : immenses fresques préhispaniques gravées dans la roche ou dessinées par des cailloux, visibles uniquement de loin. Ils servaient probablement de repères sur les routes commerciales. Nous bivouaquons au pied du géant d’Atacama (vous pouvez le voir mieux que nous en le cherchant sur google hearth). Nous sommes assis à regarder le coucher de soleil quand un van arrive à toute vitesse. Trois jeunes en sortent : sweat à capuches, baggy, grosses baskets. Un autre type installe une caméra face à eux et lance la musique. Ils commencent à chanter ! En fait c’est un groupe de rap local qui est en train de tourner son dernier clip. Dès qu’ils ont fini ils nous expliquent ce qu’ils font, nous montrent les rushs de leur clip et nous donnent leur myspace pour que nous puissions voir ce qu’il font. Ils sont super sympas et restent un petit moment avec nous, ils veulent même faire des photos devant le camping-car !!

Nous arrivons enfin à Arica. Le premier soir nous rencontrons les « quatre vagabonds », une famille d’ Espalion qui voyage depuis un an en camping-car, Elodie, Philippe, Ilan (10 ans) et Rafaël (6ans). Nous passons la soirée avec eux, ils reviennent du Pérou et nous donnent pleins de conseils. Le lendemain, après avoir fait le plein d’eau, de gaz et de nourriture, nous retrouvons « la Cagouille ». Ils n’ont pas vraiment le moral, depuis un mois ils multiplient les séjours dans les garages à cause de leur boite de vitesse. Ils espèrent pouvoir repartir dans quelques jours mais rien n’est sûr… Le soir nous faisons un bivouac « français » sur une plage d’Arica avec les « quatre vagabonds », la « cagouille » et Macha et Romain, un couple de français que nous avions croisés sur le parking d’Humberstone et qui voyagent à bord d’un magnifique vieux combi VW bleu et blanc!

Les « quatre vagabonds » prennent la route de la Bolivie le lendemain. Nous, nous avons besoin d’une journée supplémentaire pour régler quelques problèmes d’intendance, nous espérons pouvoir repartir avec la « cagouille » en direction de la Bolivie. Vu que nous venons de passer quatre jours au niveau de la mer et que la route de la Bolivie monte rapidement à plus de 4000 mètres, nous roulons jusqu’à Putre pour faire un palier à 3500 mètres en espérant que la « cagouille » nous y rejoindra le soir. Malheureusement ils ne viennent pas, par contre nous voyons arriver le van jaune de Joss et Lo que nous avions rencontré à Chiloé, ils descendent de Bolivie ! Nous passons donc la soirée avec eux, nous fêtons avec un peu de retard la victoire d’Hollande, ils n’étaient même pas au courant du résultat des élections ! En Bolivie ce n’est pas la fête du wi-fi !!

Ce matin nous traînons un peu et nous monterons dans le parc Lauca, juste avant la frontière, en espérant toujours que la « cagouille » pourra prendre la route et nous rattraper…

Adios “pocho”!

La quebrada de Humahuaca est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, pourtant elle n’a rien de plus que ce que nous avions vu dans les quebradas de las Flechas et de las Conchas, c’est à dire des paysages magnifiques !! Mais non, nous ne sommes pas blasés, mais la renommée de cette quebrada et surtout la très belle route qui la parcourt la rende bien plus touristique que celles qui nous avaient tant émerveillés autour de Cafayte.

Plusieurs villages rythment la vallée jusqu’à Humahuaca. A Tilcara les routes sont si étroites que Pampicar doit monter sur le trottoir pour se frayer un chemin, nous décidons donc de nous installer dans un camping poussiéreux, aux sanitaires douteux mais aux douches chaudes, pour visiter le village et ses environs à pied. Après avoir fait le tour de toutes les boutiques et de tous les stands d’artisanat de la place du village, nous passons la soirée dans une petite peña. Nous n’avons pas osé goutter le kangourou en Australie, mais ici nous n’échappons pas au Lama : en empanadas pour les enfants, en ragoût pour Guillaume et en steak accompagné de betterave pour Magali. C’est un peu plus ferme que du bœuf, mais pas mauvais du tout, Magali est juste un peu déçue de ses betteraves alors qu’elle s’attendait à manger des patates douces, il va encore falloir que nous fassions des progrès en espagnol !! Côté musique, un groupe de musique traditionnelle anime la soirée : charengo, quena, flûte de pan,… Nous passons un très bon moment, leur CD tourne maintenant en boucle dans l’autoradio ! Nous allons même voir comment ils fabriquent leurs instruments, deux jours plus tard, dans leur atelier, et nous leur achetons une quena (flûte en roseau) dont nous n’avons toujours pas réussi à sortir un son !! Le lendemain nous visitons la pucara (forteresse précolombienne) sur les hauteurs de Tilcara, dont une partie a été restaurée : petites maisons de pierre, charpente en bois de cactus et toits en terre.

La route monte en direction de la Bolivie, nous nous arrêtons à 3500 mètres d’altitude, au pied de l’altiplano, puis redescendons à Humahuaca à 3000 mètres. Commence alors la fameuse recherche d’un bivouac. Nous avons repéré quelques pistes qui s’éloignent de la route principale en direction de bergeries, ça semble parfait. Première tentative, nous demandons à un berger si nous pouvons rester sur ses terres pour la nuit, la réponse est simple et rapide : “no !! “. Deuxième tentative, nous prenons une autre piste mais nous ne sommes pas inspirés par les lieux : nouveau demi-tour. Guillaume ne voit pas une grosse pierre sur le bord de la piste qui casse une partie du par-choc arrière, le clignotant est arraché ! Du coup nous passons la nuit dans un autre camping poussiéreux… Les dégâts ne sont pas si importants et Guillaume répare ça rapidement, il en profite pour vérifier que que la fissure sur le réservoir d’eau propre ne s’est pas agrandie. Ah oui, nous avions oublié de vous parler de ça : le réservoir d’eau propre est fissuré, pas grand chose, une petite fissure de quelques centimètres que Guillaume a colmaté avec du silicone, mais bon ça fout quand-même un peu les boules, le camping-car n’a même pas un an !!! Et encore nous ne vous racontons pas tout, mais on commence à en avoir bien marre de toutes ces petites choses qui se cassent une à une dans Pampi. Nous avons envoyé un mail au fabricant en espérant bien qu’il répare tout cela à notre retour, pas de réponse…

L’altitude commence à se faire ressentir, nous avons un peu mal à la tête, nous n’avons pas bien dormi, Justine fait même un petit malaise (un malaise du Bengale, hein Vince!), mais rien de grave, elle récupère bien vite. De toute façon nous avons prévu de redescendre à 2400 mètres à Purmamarca, village accolé à la “montagne aux sept couleurs”. Nous sommes prêts à partir, tout est rangé dans le camping-car, Mag ferme le dernier placard…et une des charnière s’arrache de la porte. Après avoir envisagé un retour immédiat pour Paris, Guillaume décide que ce placard n’aura plus de porte jusqu’à nouvel ordre ! Ambiance…

Comme son nom l’indique la montagne aux sept couleurs est polychrome : violet, vert, orange, gris, rose, blanc, ocre. Enfin, nous ne sommes pas tout à fait d’accord sur les couleurs, à vous de juger sur les photos. Nous sommes d’accord sur une chose : c’est splendide. Purmamarca est un petit village sympathique malgré toutes les boutiques et stands qui proposent les mêmes articles que nous trouvons dans tous les villages traversés depuis plusieurs jours, articles importés de Bolivie et probablement produits de façon plus industrielle qu’artisanale. Nous faisons quand même le tour de ces boutiques et y achetons quelques bricoles… Nous rencontrons Juliana, une Italienne d’environ soixante-dix ans, qui voyage depuis une dizaine d’année, seule à bord de son 4×4 aménagé. En quelques minutes de discussion, Ipad à l’appui, elle nous abreuve de conseils et d’informations qui nous seront très utiles pour la suite de notre voyage.

Il est temps pour nous de quitter l’Argentine où nous venons de passer deux mois. Nous allons regretter les steaks succulents que nous mangions au moins deux fois par semaine… Fini aussi les « ch » que les Argentins glissent dans presque tous les mots, par exemple : « pollo » (poulet) se prononce « pocho » ici, ça surprend la première fois, mais on fini par s’y faire. Dernière étape avant de retourner au Chili : les Salinas Grandes, un désert de sel où Magali peut enfin réaliser un de ses rêves : faire des photos rigolotes !!! Nous passons la nuit sur les Salinas à 3500 mètres, nous commençons à bien nous habituer à l’altitude et au froid nocturne. En effet notre chauffage n’est pas sensé fonctionner au dessus de 2000 mètres… Mais Pampi est bien isolé, il n’a pas que des défauts tout de même !

Nous quittons donc l’Argentine par le Paso de Jama à 4800 mètres ! Il y a un vent terrible, nous avons pris à bord deux cyclistes allemands, Stephen et Shirley qui ne pouvaient plus avancer face à ce vent. Les derniers virages sont un peu difficiles pour Pampi mais nous franchissons le col. Nous avons tous un peu mal à la tête, surtout que la route ne redescend pas tout de suite, nous passons plusieurs cols à plus de 4000 mètres. Là haut il fait 3 degrés et le vent redouble, nous traversons des paysages magnifiques mais impossible de s’arrêter pour faire une photo. Nous arrivons enfin à San Pedro de Atacama, nous passons la douane sans souci, les douaniers font plus une visite du camping-car qu’un réel contrôle sanitaire, sensé être draconien à l’entrée au Chili. Nous avons pourtant tout un tas de produits illicites : pommes, oranges, laitages, objets en bois…

San Pedro de Atacama est une petite ville très touristique, point de départ de beaucoup d’excursions, nous préférons donc nous installer dans un camping pour pouvoir préparer l’exploration des environs. Nous y retrouvons un couple de belges que nous croisons à chacune de nos étapes depuis une dizaine de jours, sans jamais avoir pris le temps de discuter. Ils s’inquiètent de savoir comment nous avons franchis le Paso de Jama car ils y ont vécu un véritable calvaire deux jours auparavant, roulant sur de la glace, deux camions se sont renversés devant eux (nous les avons vus sur le bord de la route) ; la route a même été fermée le lendemain. Finalement nous avons eu de la chance ! Il y a aussi un couple d’allemands très gentils qui voyagent dans un 4X4 qu’ils ont aménagés eux même et un couple de jeunes français. Tout le monde parle français, ça aide!

Nos aventures et mésaventures à San Pedro ne vont pas tarder à suivre car nous avons pris un peu de retard dans nos récits et nous voudrions être à jour avant d’entrer en Bolivie, pas sûr que nous trouvions facilement du wi-fi là-bas…

PS Guillaume ne veux plus quitter ses espadrilles (rappelez-vous, celle qui nous ont été offertes à Concordia par cette charmante famille qui nous avait reçus chez elle), il parait que çà lui rappelle son enfance…

Les Andes de nos rèves, et ça ne fait que commencer…

La clim fonctionne, le radiateur est réparé, nous reprenons la route en direction de Salta. Nous roulons pendant trois jours, il fait chaud et humide, la dingue sévit dans le coin, nous n’avons pas l’intention de nous attarder. Marius qui ne supporte pas la chaleur est couvert de boutons ! Sur le bord de la route nous croisons des vaches, des chevaux, des ânes, des cochons, des poules, ils traversent parfois juste devant nous. Nous continuons de rouler… Nous traversons des villages aux noms aussi accueillants que : « Pampa del infierno » ou encore « Rio muerto » ! Nous roulons même la nuit…et tout à coup : PAF, le chien… Bon, ça va, c’était un petit chien, il n’a même pas abîmé Pampicar ! De toute façon Guillaume ne pouvait pas l’éviter…

Nous voilà à Salta, nous trouvons difficilement un camping à Vaqueros au nord de la ville. Ce n’est pas vraiment un camping, les douches sont froides et l’eau est marron mais l’accueil est sympa et ce n’est vraiment pas cher. Nous nous posons deux jours afin de préparer l’exploration des environs de la ville qui s’annonce fabuleuse, mais aussi pour que Justine finisse ses évaluations… Retour à Salta pour une escale logistique : courses, essence, eau, et après un petit détour par la « feria artesanale » nous partons à la découverte des vallées Calchaquies.

A un peu plus de trente kilomètres de Salta, nous bifurquons sur notre droite pour entamer une vertigineuse ascension sur une route presque entièrement asphaltée. Nous passons tout de même quelques gués. La montagne est verte et rouge, les paysages sont magnifiques, ça ressemble tellement à l’idée que l’on se faisait des Andes. Pampicar franchit gsans réelle difficulté les lacets menant au col de Piedra de Molino à 3348 mètres ! Nous poursuivons notre route sur un plateau au milieu des troupeaux d’ânes et de vaches, au loin nous apercevons les mont enneigés du Nevado de Cachi qui culmine à plus de 6000 mètres ! Toujours pas de Lama à l’horizon… Le paysage devient plus aride, nous entrons dans le parc Los Cardones, une longue ligne droite de 16 kilomètres traverse une forêt de cactus au bord d’une montagne multicolore : spectaculaire ! Même si la route est très bonne, il nous faut plus de cinq heures pour rejoindre Cachi tellement nous nous arrêtons pour profiter de ces paysages et nous en mettre plein les yeux !!! Nous passons la nuit dans le sympathique camping municipal où nous faisons la connaissance de Chantal et Jean-Pierre, un couple de dynamiques retraités français qui voyagent en camping-car. Cachi est un charmant village qui vit du tourisme et de la terre. Nous faisons le tour des boutiques d’artisanat, le cactus est exploité sous toutes ses formes : meubles et objets en bois de cactus, bijoux en épines… Le lendemain, nous profitons de la piscine du camping avant de reprendre la route en début d’après-midi pour une cinquantaine de kilomètres jusqu’à Molinos. Bien qu’il s’agisse d’une route nationale, la Ruta 40 n’est, sur cette portion, qu’une piste étroite en « taule ondulée », impossible de dépasser les 30km/h. Nous croisons quelques fermes isolées construites en briques de terre, autour desquelles sèchent des piments bien rouges qui apportent de belles touches colorées au paysage de plus en plus aride. Molinos a des airs d’hacienda Mexicaine, mais nous ne lui trouvons pas de grand intérêt, si ce n’est pour les succulentes empanadas que nous y avons mangé !

La piste qui nous conduit ensuite à Cafayate suit une succession « quebradas » (gorges) toutes plus belles les unes que les autres. Il parait qu’il y a même été tourné des scènes de “Star Wars”! Difficile de trouver les superlatifs pour les décrire, nous roulons toujours à 30km/h mais de toute façon nous ne pouvons pas aller plus vite tellement nous sommes fascinés par ce qui nous entoure, toutes ces couleurs : rouge, rose, ocre, marron, orange, blanc, vert… Nous aurions voulu que cela ne s’arrête jamais !

De Cafayate nous partons explorer les ruines précolombiennes de Quilmes, une ancienne forteresse diaguita. Ses habitants résistèrent aux espagnols avant d’être déportés à Buenos Aires. La petite visite guidée (en espagnol…) est très intéressante, un petit peu de culture ça ne nous fait pas de mal !! Nous apprenons notamment que les indiens se servaient du reflet des étoiles dans l’eau pour se repérer dans le temps. Nous voyons aussi des lamas de près pour la première fois, aucun de nous ne s’est fait cracher dessus pour le moment !

Cafayate est également réputée pour ses vignes. Le Torrontes, vin blanc fruité, est la vedette du coin. Nous commençons par une glace au Torrontes et Malbec, enfin, surtout Guillaume car Magali est tellement enrhumée qu’elle ne sent plus le goût des aliments ! Nous poursuivons cette découverte à la Bodega Finca de las Nubes : petite visite des chais, dégustation des vins de la propriété puis picada-empanadas-humita arrosés de Malbec le tout dans un cadre super agréable : à l’ombre, face aux vignes, aux pied de la montagne. Nous repartons avec un petit carton de six bouteilles, pas sûr qu’il en reste à notre retour en France !

Le retour vers Salta se fait par la Quebrada de las conchas, tout aussi belle que les précédentes mais sur une route bien meilleure donc beaucoup plus touristique. Le spectacle n’en est pas moins impressionnant. Nous avions prévus de bivouaquer au milieu de la quebrada, mais finalement Magali ne le sent pas trop, du coup nous reprenons la route de nuit (sans écraser de chien cette fois!!) et finissons sur le parking d’une station service… Après-midi shopping à Salta, mais nous sommes déçus par les boutiques de souvenirs, nous nous rattrapons en mangeant une glace (encore!). Nous trouvons tout de même une nouvelle batterie pour l’appareil photo que nous avions emmené pour les enfants, Marius se sent une âme de photographe et il est plutôt doué.

Nous retournons à l’exploration des quebradas, nous allons essayer de nous rattraper sur le plan des bivouacs (y’en a vraiment marre des bivouacs pourris dans les stations services!) Huamhuaca nous voilà !!

Iguaçú ou Iguazú?

Pas évident de décrire les chutes d’Iguazú, ou Iguaçú pour la version brésilienne, le rio Iguazú marquant la frontière entre l’Argentine et le Brésil. C’est d’ailleurs au Brésil que nous les avons rencontrées pour la première fois. Nous descendons un petit chemin, cela fait déjà un moment que nous entendons le vacarme des milliers de mètre-cubes d’eau qui s’écrasent en contrebas des falaises, puis, au détour d’un dernier virage, elles sont là en face de nous ! Depuis le temps que nous attendions ce moment, surtout Guillaume qui en parlait depuis des mois, nous y voilà. Les poils hérissés, un sourire béat, nous restons en arrêt devant ce spectacle. Le site est majestueux : le chutes au milieu de la forêt sub-tropicale, les oiseaux, les papillons multicolores, tout nous émerveille. Nous continuons le sentier sur la rive brésilienne jusqu’à la Garganta del Diablo : une passerelle nous emmène au pied des chutes d’où nous réalisons toute leur puissance, le débit est impressionnant, nous sommes éclaboussées par les embruns (euh… on dit embrun pour une cascade?). Malheureusement nous ne sommes pas seuls et sur cette dernière passerelle ce n’est pas toujours facile de se faire une place pour profiter tranquillement du spectacle, mais c’est tellement beau que nous arrivons à faire abstraction…
Nous n’avons vraiment pas envi de partir, mais le parc ferme et nous devons repasser la frontière pour rentrer à notre camping à Puerto Iguazú où nous avons rencontré une famille de voyageurs français : Tatiana, Damien, Clémentine (13 ans), Vanille (11 ans) et Jules (2 ans et demi). Autant vous dire que Marius et Justine sont ravis ! Le camping est cher (le prix a doublé en moins d’un an), mais aucun des voyageurs que nous connaissons n’a bivouaqué par ici et nous passons de bons moments avec nos nouveaux voisins, nous y resterons ensemble quatre jours. Nous y retrouvons également les auto-stoppeurs que nous avions emmenés avec nous dans le Torres de Paine.
Le lendemain nous nous attaquons à la visite du côté argentin des chutes. Le parc est beaucoup plus grand que son homologue brésilien et offre une vision différente : au Brésil nous avions une vue panoramique, ici nous évoluons au milieu de la forêt, au plus près des cascades. Nous prenons un petit train qui nous emmène de nouveau à la Garganta del Diablo, mais pour l’admirer d’au-dessus cette fois-ci. Nous sommes le week-end de Pâques et la passerelle est bondée, les gens se bousculent, Marius et Justine se font écraser contre les barrières. C’est un peu l’horreur, surtout que nous avons du mal à supporter la chaleur humide sub-tropicale… Malgré son espagnol niveau zéro, Magali se fait très bien comprendre par la mamie qui la collait d’un peu trop près ! Nous prenons un peu de recul, attendons que ça se calme, que ça soit un peu moins « caliente » et nous réussissons à nous faire une petite place. La sensation de vitesse, de force de l’eau est saisissante, un arc-en-ciel apparaît à chaque rayon de soleil, c’est grandiose ! Après une petite pose déjeuner nous arpentons le paséo superior qui nous offre d’autres angles de vue sur les chutes. Nous y retrouvons des coatis, dont nous avions fait la connaissance au Brésil, ils sont un peu plus gros qu’un chat, avec un museau très allongé et ne sont pas farouches, voir même agressifs lorsqu’il s’agit de nourriture (nous avons vu des touristes se faire voler leur escalope milanaise). Nous rentrons au camping, les enfants retrouvent leurs nouveaux copains à la piscine et nous improvisons une parilla avec Tatiana et Damien. Nous passons une très bonne soirée à nous raconter nos aventures en dégustant du vin argentin.
Pas facile de se lever le lendemain et pourtant nous devons finir de visiter le parc argentin et nous voulons y être dès l’ouverture pour éviter la foule et peut-être apercevoir un toucan. Finalement nous y sommes à neuf heures, pas si mal ! Il nous reste à voir le paséo inferior et l’île San Martin. Nous aurions voulu faire un petit tour en bateau sous les chutes, mais le niveau de l’eau est trop bas et toutes les excusions sont annulées… Les chutes d’Iguazú n’ont maintenant plus de secret pour nous, nous avons vu presque toutes leurs facettes, même si nous serions bien resté à les admirer pendant des heures encore. Nous avons également eu un bon aperçu de la forêt sub-tropicale, nous savons maintenant ce que « luxuriante » veux dire ! Nous y avons rencontré des coatis, des oiseaux et des papillons de toutes les couleurs, des singes, des tortues, des vautours et des moustiques aussi… Seule petite déception : nous n’avons pas vu de toucan ! Nous sommes pourtant restés jusqu’à la fermeture du parc, mais nous n’avons pas eu la chance d’en apercevoir… Nous nous rattrapons à Güira Oga, une sorte d’hôpital pour oiseau dont la visite guidée est très instructive, nous apprenons notamment qu’il y a une quarantaine d’espèce de toucan dans le monde dont quatre vivent en argentine. Il est maintenant temps pour nous de repartir vers Posadas, où notre condensateur nous attend (nous l’espérons). Les enfants n’ont pas vraiment envi de quitter leurs nouveaux amis, mais nous ne partons pas dans la même direction, nous nous retrouverons peut-être au Pérou ou en Équateur…
Avant de retourner au garage, nous nous arrêtons pour visiter les misions jésuites de San Ignacio et Santa Ana. Au XVIIème siècle les prêtres jésuites fondèrent ses missions pour évangéliser et éduquer les indiens guaranis, mais aussi pour les protéger. Pendant cent cinquante ans ils ont vécus ainsi, jusqu’à ce que les jésuites se fassent expulser sur ordre de la couronne d’Espagne. Nous n’allons pas nous étendre sur l’histoire des missions jésuite, mais leur visite a été très intéressante. La forêt a repris ses droit au milieu des ruines et offre un spectacle émouvant, notamment à Santa Ana. Le site de San Ignacio a été restauré et donne une bonne idée de ce que pouvait être la vie dans la mission. Nous y voyons notre première mygale de près (Guillaume en voit régulièrement traverser la route!), celle là n’est pas très grande.
Nous voilà maintenant de retour au garage Ford de Posadas, pour finir les réparations de Pampi avant de reprendre la route vers de nouvelles aventures.

Pampi Pampa

Ces dix derniers jours nous avons énormément roulé, nous avons décidé de gagner Iguazú et ses fameuses chutes le plus rapidement possible. Nous commençons par remonter la ruta 3, nous nous arrêtons seulement pour observer de très près la colonie de lions de mer de Caleta Olivia. Lorsque nous roulions en convoi avec nos douze compagnons, sur cette même ruta 3, mais dans l’autre sens, nous l’avions ratée. Il faut dire qu’elle n’est signalée dans aucun guide, pourtant elle vaut le coup d’œil : nous y voyons une centaine de lions de mer dont un grand nombre de mâles et surtout nous pouvons les approcher d’assez près. Pas trop tout de même, s’ils ont l’air plutôt paisibles ils pèsent plus de deux cents kilos et n’aiment vraisemblablement pas que l’on vienne les embêter !
Dernière étape avant de quitter la Patagonie : Balneario el Condor, au sud de Viedma, pour sa colonie de perroquets, l’une des plus importante au monde, parait-il! Il s’agit d’une station balnéaire, mais nous sommes déjà au début de l’automne et la ville semble abandonnée, nous y arrivons à la tombée de la nuit, sous la pluie, ambiance… Il nous faut trouver un bivouac, nous essayons le bord de mer mais le sable poussé par le vent (nous sommes toujours en Patagonie!) a recouvert la route et nous ne sommes pas loin de nous ensabler ! Finalement nous nous mettons à l’abri dans une petite rue un peu plus loin, en face d’un resto dont le patron nous conseille de ne pas rester sous les fils électriques car Pampicar pourrait bien être recouvert de fientes de perroquet demain matin!! Au réveil nous partons à la recherche de ces fameux volatils, nous nous égarons dans la ville en essayant de suivre les panneaux, manquons de peu de nous embourber dans une côte (décidément!) et finalement c’est un policier qui nous escorte jusqu’au phare (le plus vieux de Patagonie) qu’il fait ouvrir pour nous puis nous indique la route des falaises où nichent les perroquets. Nous restons un moment à les écouter et à les observer, ils répondent à nos cris mais ne se laissent pas approcher, ensuite nous reprenons notre route.
Nous voici maintenant dans la Pampa. Le paysage change vraiment : fini la steppe, nous traversons maintenant d’immenses prairies, nous voyons même des arbres et surtout le vent se calme enfin ! L’aérodynamique n’est certainement pas la qualité première de Pampicar et Guillaume ne regrettera pas de ne plus avoir à doubler ou même seulement croiser tous ces camions avec un vent de travers… L’étendue des paysages est toujours aussi immense et nous avons le droit à de magnifiques couchers de soleil tous les soirs. Nous sommes déjà à plus de deux mille kilomètres de Puerto Natales, nous sommes fatigués et décidons de nous arrêter une journée dans la Sierra Ventana. Nous entamons une randonnée mais nous ne pouvons aller jusqu’au sommet car Marius est fatigué et il n’est pas vraiment raisonnable de le porter car nous traversons plusieurs pierriers assez pentus. Il a quand même bien marché, comme jamais il ne l’avait fait jusqu’à présent. Il va peut-être devenir un vrai petit randonneur d’ici la fin du voyage !
Pour la suite de la route nous devons faire un choix : allons nous ou pas à Buenos Aires ?? Assez rapidement nous décidons de contourner la capitale : les grandes villes en camping-car ce n’est pas vraiment l’idéal. Nous traversons le rio Parana à Zarate en passant par une route défoncée qui était supposée être une autoroute et nous filons en direction de Concordia en longeant le rio Uruguay. Nous nous rapprochons des tropiques et le paysage change de nouveau : c’est le retour des palmiers. La climatisation ne fonctionne plus depuis quelques semaines mais nous ne nous en étions pas vraiment inquiétés jusque là, nous n’en avions pas vraiment besoin en Patagonie. Mais nous avons gagné presque vingt degrés en moins d’une semaine et un peu d’air frais nous ferait le plus grand bien, les enfants sont cuits après plus de cinq heures de route ! Arrêt au garage Ford de Concordia, mais nous sommes vendredi soir à la veille d’un week-end de trois jours et personne ne peut regarder le camping-car avant mardi !! Les gens de Ford sont quand même super sympas et nous organisent un rendez-vous pour le lendemain dans un garage indépendant. Le verdict tombe rapidement et c’est plus grave que ce que nous avions imaginé : un pied de fixation du radiateur s’est cassé et il est tombé sur le condensateur et l’a percé. Il faut probablement tout changer, mais voilà pas possible d’avoir les pièces avant au moins une semaine !! Nous n’avons pas vraiment l’intention de rester une semaine à Concordia, Ford nous propose de nous rendre à Posadas, sur notre route pour Iguazú, où nous pourrons commander les pièces et faire réparer Pampi en revenant puisque nous serons de toute façon obligés d’y repasser.
Étant donné que rien ne sera ouvert avant trois jours, les argentins commémorant la guerre des Malouines, nous restons un peu à Concordia. De toute façon nous devons trouver un réparateur de pare-brise car nous avons reçu une pierre la veille sur la route et il y a un bel impact. Alors que nous cherchons notre route, nous sommes interpellés par Horacio, qui se propose de nous emmener chez un réparateur de pare-brise. Pampicar étant trop haut pour rentrer dans le garage, nous retournons dans l’atelier d’Horacio où le réparateur nous rejoint, pendant que le cousin d’Horacio fixe notre radiateur pour qu’il ne bouge plus. De fil en aiguille nous sommes invités à déjeuner chez Horacio où nous faisons la connaissance de sa femme et de deux de ses enfants, Eric 9 ans et Nancy 15 ans. Nous passons une bonne partie de l’après-midi avec eux à discuter de sujets aussi variés que les systèmes de santé et le temps de travail en Argentine et en France, la préparation du maté, la musique,… Le tout en dégustant des empanadas, pizzas, fromages et chorizos arrosés de bière ! Nous passons un très bon moment et nous sommes un peu tristes de devoir les quitter, nous serions bien restés encore un peu avec eux… Nous repartons avec une paire d’espadrilles chacun (Horacio les vend dans son magasin) et Magali se fait offrir en plus un pot à maté avec sa paille et un sachet de « yerbas ». Le maté est une sorte de thé local que les argentins boivent à longueur de journée dans de petites calebasses à l’aide d’une paille. Ils ne déplacent jamais sans leur pot à maté à la main et leur thermos d’eau chaude sous le bras, pas toujours pratique !
Nous passons la nuit dans le camping las tortugas, au nord de la ville, au bord du rio Uruguay, en face de… l’Uruguay ! Le site est sympa mais on galère un peu à le trouver, en plus c’est un peu crade et on campe sous une ligne à haute tension !! Le lendemain : détente pour toute la famille aux thermes. Nous passons l’après-midi dans des eaux en trente-cinq et quarante-cinq degrés, sous les jets d’eau, les enfants trouvent des « petits » argentins pour jouer avec eux. Après toute la route que nous venons de faire c’est exactement ce qu’il nous fallait. Avant de quitter Concordia nous faisons un petit arrêt dans le parc San Carlos où Saint-Exupéry a vécu quelque temps : après un atterrissage forcé dans le parc, il a été accueilli par une famille de français qui vivaient là. Une statue du « Principeto » a été érigée en sa mémoire. Cette halte à Concordia nous a fait le plus grand bien, alors qu’elle était décrite comme étant sans intérêt dans nos guides, nous avons trouvé une ville animée, qui exploite parfaitement les charmes des rives du rio Uruguay et surtout nous avons enfin pu partager un petit moment avec une famille argentine, c’était vraiment un très bon moment comme nous voudrions en vivre plus souvent. Nous pensons toujours que le camping-car est l’idéal pour ce type de voyage, notamment avec les enfants, il nous offre une grande autonomie, par contre ce n’est pas toujours évident pour créer des contacts avec les locaux…
Nous voilà repartis sur la route en direction de Posadas. Nous entrons dans la région du Misiones, réputée pour ses policiers pas forcément toujours très « honnêtes ». Pour l’instant, ceux que nous rencontrons nous laissent passer sans problème, pourvu que ça dure ! Et hop un nouvel impact sur le pare-brise… Les paysages changent encore, la terre est rouge, nous roulons au milieu de la canne à sucre des palmiers et des bananiers, ça nous rappelle un peu l’Afrique. Au garage, le diagnostic est confirmé : il faut changer le condensateur, pour le radiateur, dans un premier temps, on envisage une réparation, puis le chef d’atelier nous explique qu’il est plus prudent de tout changer à partir du moment où l’on change le condensateur. Nous convenons donc de réparer le radiateur pour le remettre en place afin que nous poursuivions notre route jusqu’à Iguazú et de revenir dans une semaine lorsque les pièces détachées seront arrivées. Seulement il n’y a pas de radiateur de Ford Transit en Argentine ! Il faudrait le faire venir de l’étranger et cela prendrait sûrement plus d’un mois, donc nous revenons à la première idée : réparer le radiateur et ne changer que le condensateur. Ça y est, c’est fait, comme tous les voyageurs dans notre genre nous connaissons des ennuis mécaniques et les joies du bivouac dans un garage : wi-fi, électricité, eau, vigile, que demander de plus ?
Plus que quelques kilomètres avant Iguazú, nous espérons que la réparation du radiateur va tenir le coup, nous ne rentrons en France que dans un peu plus de quatre mois…

TORRES DEL PAINE

Dans tous nos guides le Parc Nacional Torres del Paine est décrit comme l’un des plus beaux du Chili. Après avoir un peu hésité, lassés par le vent et le froid (un peu par la pluie aussi, même si nous n’en avons finalement pas eu tant que ça), nous décidons que ce sera notre dernière escapade en Patagonie. Comme toujours depuis plusieurs mois nous ne sommes pas déçus !! Les Torres sont trois tours de granit enneigées qui culminent à plus de 3000 mètres et qui dominent un immense parc où se mélangent la steppe, la forêt, des glaciers, des lagunes multicolores (turquoises, bleues, vertes…) et des cascades. A chaque instant nous nous émerveillons devant ces paysages, les tours nous hypnotisent. Ce parc est incroyablement sauvage. Nous y rencontrons des guanacos, des nandous, de renards mais surtout des condors que nous pouvons voir d’aussi près et surtout aussi nombreux pour la première fois depuis que nous sommes dans les Andes. En dehors de la matinée passée au lago Grey pour admirer son glacier et ses icebergs il fait très beau et même chaud lorsque le vent se calme un peu… En effet le parc est constamment balayé par des vents qui peuvent être violents (comme le reste de la Patagonie en fait), il vaux mieux bien choisir son bivouac. Lors de notre séjour nous subissons des pointes entre soixante-quinze et quatre-vint-quinze kilomètres/heure. La première nuit nous pensons être à l’abri entre le centre d’interprétation et une ambulance, mais lorsque nous nous couchons le vent redouble d’intensité et nous sommes littéralement secoués à l’intérieur de Pampicar !! Les enfants ne se rendent compte de rien et dorment comme des biens heureux. La deuxième nuit est nettement plus calme, au pied des tours, devant l’hôtel las Torrres. Le troisième bivouac est probablement le plus beau : au bord de la laguna Azul, face aux Torres, au milieu des guanacos et des condors… Le rêve…
Nous quittons le parc par une longue piste qui nous ramène à Puerto Natales d’où nous étions partis trois jours plus tôt. Escale technique : eau, essence, lessives et nous reprenons la route. Retour en Argentine nous allons reprendre la Ruta 3 mais en direction du nord cette fois. Nous n’avons pas encore vraiment de certitude sur nos escales mais nous faisons route vers Iguazú au nord-est de l’Argentine, à quatre mille kilomètres d’ici !!! Nous renonçons à la Caretera Australe sans regret, nous avons vu tant de belles choses et il nous en reste encore autant à découvrir.

TIERRA DEL FUEGO

Les argentins ont surnommé Ushuaia : « Fin del mundo », s’il n’est pas exact qu’elle soit la ville la plus australe du monde (c’est Puerto Williams, la chilienne, sur l’île Navarino qui fait face à Ushuaia), la longue route que nous avons fait pour la rejoindre a quand même des airs de bout du monde. De Rio Gallegos nous avons nparcouru plus de cinq cent kilomètres. Tout d’abord nous sommes repassés au Chili. Il est interdit d’y importer de la viande, des produits laitiers, des fruits et des légumes, des plantes, des graines… Nous sommes bien sur avertis de cela, mais nous n’avons juste pas eu le temps de finir les onze litres de lait et la quinzaine de yaourts que nous ont laissés nos anciens compagnons de voyage ! La SAG est réputée intransigeante, finalement nous passons sans problème avec nos produits laitiers, nous nous faisons seulement confisquer quelques citrons que nous avions oubliés dans un placard (dommage pour le pisco!!!). Ensuite nous avons franchi le détroit de Magellan puis roulé une centaine de kilomètres sur une piste défoncée (à croire que c’est fait exprès pour emm… les argentins en transit et surtout les nombreux camions qui empruntent cette piste chaque jour) où même à vingt kilomètres/heure nous avions l’impression que Pampicar allait s’effondrer tellement il vibrait. De retour en Argentine (mêmes interdictions, mais pas de réel contrôle…), la route est de nouveau asphaltée mais il reste trois cent kilomètres de pampa sous la pluie, face au vent, au milieu des guanacos et des nandous. Nous arrivons finalement à Ushuaia sous un beau soleil, ça fait du bien au moral après toute cette route et surtout trois jours de pluie quasi continue.

Nous avions hésité à venir jusqu’ici, nous avions peur que la ville ne soit pas à la hauteur de son mythe. Dès notre arrivée (et même quelques kilomètres avant) nous sommes séduits par ces somptueux paysages de montagnes enneigées qui se jettent dans le canal de Beagle. La ville en elle-même n’a pas beaucoup de charme mais il y règne une atmosphère plutôt agréable. Sous les conseils de Vincent nous avons fait une jolie petite croisière sur le canal pour admirer les montagnes qui se reflètent dans l’eau et partir à la rencontre des lions de mer et des cormorans. Même le camping où nous avons passé trois nuits était super sympa : situé au pied d’une piste de ski, surplombant la ville et sa baie, nous avons été très bien accueillis par Fernando et Léo et nous y avons retrouvé un couple anglo-suisse que nous avions croisé sur la route. Nous avons passé deux très bonnes soirées apéros avec eux.

Le Parque Nacional Tierra del Fuego est situé tout au bout de la ruta 3, à plus de trois mille kilomètres de Buenos Aires. Sur ses sentiers, au bord du canal, nous avons vraiment l’impression d’être au bout du monde. Malheureusement la pluie nous rattrape, il est probablement temps de quitter Ushuaia. Même si nous nous réveillons sous la neige, ces trois jours nous ont fait beaucoup de bien et si nous avions envisagé un moment de monter rapidement dans le nord pour échapper au froid et au vent sans même passer par Torres del Paine, il n’en n’est plus question ! Torres del Paine est réputé pour être le plus beau parc du Chili, il est situé à quelques kilomètres au nord de Puerto Natales. Nous reprenons joyeusement la route, même la piste que nous avions trouvé si difficile à l’aller nous semble presque facile aujourd’hui, il faut dire qu’il fait beau cette fois (après la neige, un beau soleil) et que la piste a probablement été arrangée entre-temps (on ne voit plus tous les nids de poule…).

Los glaciares

El Parque Nacional Los Glaciares et surtout le Perito Moreno était l’une des étapes majeures de notre voyage, au même titre qu’Uluru en Australie et que d’autres étapes à venir, et une nouvelle fois nous n’avons pas été déçus ! La visite s’est faite sur deux jours. Après une halte dans un camping d’El Calafate pour profiter de ses douches chaudes (définitivement nos compagnons de route ne se font pas à la douche du camping-car!) nous partons explorer le glacier Perito Moreno sous toutes ses coutures. Premier aperçu depuis un mirador au bord de la route où nous posons tous, par famille, devant le glacier. Ensuite mini-croisière sur les eaux du lago Argentino pour s’approcher au plus près de la face sud du glacier. Enfin nous restons un long moment à observer ce géant de glace depuis les passerelles aménagées face à lui. Le spectacle n’est pas que visuel, il est également sonore : nous l’entendons craquer, nous le voyons bouger. La glace s’écarte progressivement par ici, là un énorme bloc de glace s’effondre brusquement, un autre un peu plus loin. Le spectacle dépasse ce que nous avions imaginé. Les couleurs du glacier sont magnifiques : du blanc intense à toute sortes de bleus. Quelques jours avant notre venue, une arche qui s’était formée à la pointe du glacier s’est effondrée, c’est un phénomène qui arrive tous les deux ou trois ans, nous avons raté cela de peu mais aucun regret, ce que nous venons de voir était déjà si impressionnant. Grâce à Cécile et à son film réussi de la glace se détachant de la paroi du glacier nous avons failli gagner un baby-sitting gratuit de la part d’une touriste allemande en échange de ce film. Nous avons pitié et Cécile lui enverra le film par mail sans qu’elle ait eu à garder nos huit petits monstres !!

Le deuxième jour nous partons en croisière sur le lago Argentino à la découverte des glaciers Upsala, Heim et Spegazzini. Encore une fois le spectacle est grandiose, nous naviguons au milieu d’icebergs tous plus beaux les uns que les autres. Malgré sept heures sur le bateau nous sommes à peine rassasiés ! Même les enfants (les petits) sont émerveillés. Retour à El Calafate pour conclure cette journée en beauté devant une parilla arrosée de pisco sour et de vins locaux. Bife de lomo, bife de chorizo et le fameux cordero patagonico (agneau de Patagonie). Après un petit moment de flottement sur la quantité de viande à commander et sur la cuisson du bœuf (« vuelta-vuelta » ou « a punto ») nous passons une très bonne soirée. Mag s’endort dans le lit de Marius, à l’arrière du camping-car, sur la route vers notre bivouac : l’agneau était sûrement trop gras !!

Toute les bonnes choses ayant une fin, nos compagnons des quinze derniers jours doivent nous quitter… Nous passons notre dernière journée ensemble à El Calafate à faire les boutiques et déguster quelques glaces. Pour notre dernière soirée ensemble nous fêtons l’anniversaire de Magali avec un jour d’avance. Elle a le droit à un petit spectacle des filles et est gâtée par tout le monde. Au menu de notre dernière parilla : biffe de lomo, définitivement notre préféré. Vincent a droit à une petite leçon de cuisson de la part d’argentins voisins de camping qui nous prêtent gentiment leur asado. Nous n’avons pas vraiment envie de nous séparer, même le camping-car de Delphine refuse de démarrer au moment de se rendre à l’aéroport ! Ces quinze jours ont été intenses, riches en émotion (merci Alexandre), riches en kilomètres aussi, mais surtout riches en belles images (si si, Vincent) et nous avons passé de très bons moments ensemble. Finalement, à part les deux premiers jours, nous avons eu plutôt beau temps, en tous cas il ne pleuvait que la nuit… Nous avons découvert que Pampi pouvait accueillir huit personnes pour dîner, ce que nous n’aurions jamais imaginé !! Les enfants ont bien profité de ces retrouvailles. Du coup, après le départ de tout le monde c’est un peu la déprime, nous essayons de noyer notre chagrin dans la crème glacée et devant des films sur l’ordi. Nous restons deux jours de plus à El Calafate pour nous remettre de nos émotions, d’autant que cette ville est plutôt sympa et que le bivouac où nous nous sommes installés, au bord du lac, en face de la ville n’est pas déplaisant du tout (sauf lorsqu’un camping-car de français vient se coller à nous alors qu’il y a de place partout ailleurs, du coup nous sommes désagréables avec eux… Enfin ça c’était avant que les autres ne nous abandonnent, parce que après nous aurions bien voulu un peu de compagnie…).

Nous avons donc repris la route. Escale à Rio Gallegos pour trouver du gaz et un garage Ford (bien que Guillaume ait réussi à isoler le fil de témoin d’usure des plaquettes qui faisait faux-contact, merci Papou pour les conseils!) et nous descendons finalement jusqu’à Ushuaia. Rio Gallegos est une ville industrielle sans aucun charme, nous y arrivons sous la tempête. On se croirait sur la N20 un dimanche après-midi de novembre… Là, tu aurais vraiment eu raison de râler Vincent !